Soyez les bienvenus sur le blog de l’EGLISE LUTHERIENNE INDEPENDANTE ...... Prions pour tous les Chrétiens persécutés à travers le monde pour leur Foi en Jésus-Christ.....

dimanche 3 mars 2019

Méditation de la semaine:LA DOCTRINE DE L'EGLISE suite et fin.

2. LE 
MINISTÈRE
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Le sacerdoce universel des croyants:

Dans Lévitique 8, il est demandé à Moïse de consacrer Aaron et ses fils comme prêtres ou sacrificateurs. Ils devaient tenir lieu d'intermédiaires entre Dieu et le peuple. Chaque jour ils présentaient des sacrifices pour le pardon des péchés du peuple, et le grand jour des expiations, le souverain sacrificateur pénétrait dans le Saint des saints avec le sang des victimes, pour le pardon de ses péchés et ceux du peuple (Lévitique 16).
Cette fonction n'existe plus, car ces sacrifices étaient la préfiguration de celui que Jésus devait apporter en son temps. Le Christ seul, qui nous a rachetés par son sang, est notre prêtre (Hébreux 2:17; 9:12; 10:14). Il a obtenu pour les pécheurs un libre accès au trône de la grâce, si bien qu'il est, comme la Bible ne cesse de le répéter, le seul intermédiaire ou médiateur entre le Seigneur et eux (1 Timothée 2:5; Hébreux 8:6; 9:15; 12:24).
L'Ecriture Sainte va encore plus loin. Elle affirme que tous les croyants sont des sacrificateurs devant Dieu: "Vous-mêmes, comme des pierres vivantes, édifiez-vous pour former une maison spirituelle, un saint sacerdoce, afin d'offrir des victimes spirituelles agréables à Dieu, par Jésus-Christ... Vous êtes une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple acquis, afin que vous annonciez les vertus de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière" (1 Pierre 2:5.9). Jésus a fait de nous "un royaume et des sacrificateurs pour notre Dieu" (Apocalypse 1:5.6; 5:10). Les croyants sont ainsi les prêtres de la nouvelle alliance. Il sont invités à apporter à Dieu les sacrifices de leur obéissance, les offrandes de leurs prières et l'hommage de leur adoration (Romains 6:13; 12:1; 15:16; Psaume 51:19; 1 Corinthiens 3:21-23; Hébreux 13:16).
Jésus-Christ a même confié à son Eglise et donc à chacun de ses membres ce qu'on appelle le pouvoir des clés, qui consiste à pardonner les péchés aux pécheurs pénitents et à les retenir aux impénitents aussi longtemps qu'ils ne s'en repentent pas (Martin Luther, Petit Catéchisme). Il a donné les "clés du Royaume" à l'apôtre Pierre (Matthieu 16:19), puis à tous les disciples en leur disant: "Recevez le Saint-Esprit. Ceux à qui vous pardonnerez les péchés, ils leur seront pardonnés, et ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus" (Jean 20:22.23). Il a aussi affirmé qu'en liant et déliant les péchés, l'Eglise agissait en son nom (Matthieu 18:17-20).
Tous les croyants ont un libre accès au trône de la grâce, apportent à Dieu leurs sacrifices et leurs offrandes, sont ses témoins dans le monde, publient ses hauts faits, annoncent le pardon du Christ à ceux qui le cherchent, consolent, reprennent, exhortent et encouragent. Il s'entraident sur le chemin de la foi et prient les uns pour les autres, ainsi que pour le monde. Cependant, tous ne sont pas appelés à prêcher, à baptiser et à distribuer la Sainte Cène.

Le ministère de la Parole et des sacrements:

Le monde a besoin de la Parole de Dieu et des sacrements pour découvrir le Christ et trouver par la foi en son nom le pardon et le salut, et l'Eglise en a besoin pour s'édifier dans la foi et la piété. "Comment invoqueront-ils celui en qui ils n'ont pas cru? Et comment croiront-ils en celui dont ils n'ont pas entendu parler? Et comment en entendront-ils parler, s'il n'y a personne qui prêche? Et comment y aura-t-il des prédicateurs, s'ils ne sont pas envoyés?... La foi vient de ce qu'on entend, et ce qu'on entend vient de la parole de Christ" (Romains 10:14.15.17). Voilà pourquoi le Seigneur a institué le ministère de la Parole et des sacrements et pourquoi il le confie à certains hommes dans l'Eglise.
Jésus dit aux apôtres: "Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et enseignez-leur à observer tout ce que je vous ai prescrit" (Matthieu 28:19). "Prêchez l’Évangile à toute la création. Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé, mais celui qui ne croira point sera condamné" (Marc 16:15.16). L'apôtre Paul déclare que pour croire il faut entendre l’Évangile. Pour cela, il faut qu'il soit prêché, et pour qu'il le soit, il faut que des hommes soient envoyés (Romains 10:14.15). Il reconnaît aussi que les prédicateurs de l’Évangile comme lui sont des "ambassadeurs de Dieu" qui exercent le ministère de la réconciliation (2 Corinthiens 5:19.20).
Il y avait dans l'Eglise de l'époque des apôtres. Ils étaient au nombre de douze, auxquels vint s'ajouter Paul. Directement appelés par le Christ, ils avaient été les témoins de tout ce qu'il avait dit et fait, notamment de sa résurrection, et furent chargés d'évangéliser le monde de l'époque et de fonder l'Eglise (Matthieu 28:18-20; Marc 16:15.16; Actes 1:15-26; 9:1 ss.; 26:9-18).
Il y avait aussi des prophètes, autres que ceux de l'ancienne alliance, mais qui, au moins par moments, avaient comme eux le don de prédire l'avenir et de prêcher la Parole de Dieu (Actes 11:28; 21:10.11; 1 Corinthiens 14:1.29; 1 Thessaloniciens 5:20.21), ainsi que des évangélistes (Actes 21:8; 2 Timothée 4:5; Ephésiens 4:11).
Par ailleurs, les apôtres s'entourèrent d'aides et de collaborateurs, appelés anciens ou évêques, docteurs et pasteurs (1 Timothée 3:1-7; Tite 1:5-9; Actes 20:17-38). Ces hommes étaient chargés d'exercer le ministère dans les Eglises locales et secondés, à leur tour, par des diacres (Actes 6:1-8; Philippiens 1:1; 1 Timothée 3:8-13).
Tous ces prédicateurs étaient établis dans leur ministère par le Christ ou Dieu: "Christ a donné les uns comme apôtres, les autres comme prophètes, les autres comme évangélistes, les autres comme pasteurs et docteurs, pour le perfectionnement des saints, en vue de l'oeuvre du ministère et de l'édification du corps de Christ" (Ephésiens 4:11). "Dieu a établi dans l'Eglise premièrement des apôtres, secondement des prophètes, troisièmement des docteurs..." (1 Corinthiens 12:28).
Les apôtres avaient été directement choisis et envoyés dans le monde par Jésus. Les quelques prophètes qui agissaient dans l'Eglise de l'époque ont sans doute été reconnus comme tels en raison des dons qui étaient les leurs. Quant aux anciens ou évêques, ils furent mis en place dans l'Eglise par l'Eglise elle-même, sur recommandation des apôtres, ou inversement par les apôtres ou leurs collaborateurs avec le consentement de l'Eglise (Actes 14:23; Tite 1:5). Cf. aussi le récit de l'élection des diacres de Jérusalem, Actes 6:1-8. Mais tous ceux parmi eux qui prêchaient la Parole étaient investis du ministère institué par le Christ. Paul le reconnaît, quand il demande aux anciens d'Ephèse de prendre garde au troupeau sur lequel le Saint-Esprit les a établis évêques (Actes 20:28). L'Eglise luthérienne enseigne donc que personne ne doit exercer de ministère dans l'Eglise, s'il n'a pas été dûment appelé à cela (Confession d'Augsbourg, Article XIV).
Pour être aussi efficace que possible dans l'évangélisation du monde et l'édification de ses fidèles, et pour répondre à tous ses besoins, l'Eglise a tout intérêt à diversifier ses ministères et à répartir les tâches, comme elle l'avait fait à l'époque des apôtres.
L'Eglise catholique enseigne qu'il existe plusieurs ministères institués par le Christ et a instauré parmi eux une hiérarchie dite d'origine divine. Elle distingue notamment entre évêque, prêtre et diacre. Seul l'évêque est dit compétent pour consacrer d'autres prêtres. L'Eglise luthérienne enseigne, au contraire, qu'il n'y a qu'un ministère divinement institué dans l'Eglise, celui qui consiste à annoncer l’Évangile et à administrer les sacrements (Confession d'Augsbourg, Article V). Ce sont la tradition et des raisons pratiques qui font que les responsables nommés pour diriger l'Eglise s'appellent tantôt évêques, tantôt présidents et tantôt inspecteurs ecclésiastiques, et qu'il sont nommés à vie ou au contraire pour un mandat limité dans le temps. La distinction faite entre le ministère pastoral et celui de l'évêque est une disposition humaine qui peut être abolie. Il n'y a pas de hiérarchie divinement instituée, et Jésus-Christ est par ailleurs le seul chef de l'Eglise.
Quant à la succession apostolique, qui est dite avoir lieu par une imposition des mains remontant jusqu'aux apôtres qui, eux, l'auraient reçue du Christ, il est des Eglises qui la considèrent comme vitale et indispensable. Les Luthériens estiment qu'elle ne se fonde pas sur une ordonnance divine, qu'elle est historiquement fort douteuse, qu'elle ne fait pas partie de l'essence de l'Eglise et que la vraie succession apostolique de celle-ci consiste dans la fidélité à l'enseignement des apôtres.
La vocation au ministère pastoral a lieu dans l'Eglise luthérienne par l'Eglise locale, donc l'assemblée des fidèles, en consultation avec les responsables du Synode. Quant à l'ordination au ministère et à l'installation dans le champ de travail, elles sont de la compétence des ministres qui imposent les mains à leur frère et invoquent sur lui les bénédictions divines.
L'ordination qui n'est pas d'institution divine, mais que l'Eglise apostolique a pratiquée en l'empruntant au judaïsme de l'époque, est un acte liturgique qui revêt les significations suivantes: 1) Il est l'attestation officielle que le candidat a été reconnu par les instances de l'Eglise comme qualifié pour le ministère pastoral. 2) Il atteste qu'il a été légitimement et régulièrement appelé au ministère. 3) Il est le lieu où le candidat promet solennellement qu'il exercera son ministère dans la fidélité à la Parole de Dieu et à l'enseignement des Confessions luthériennes. 4) Il consiste à imposer les mains au nouveau pasteur, en invoquant le Seigneur en sa faveur et en implorant sur lui ses bénédictions.
Il est des Eglises luthériennes de type épiscopalien qui assimilent l'ordination, en tant qu'acte accompli par le clergé, à l'établissement dans le ministère, définitif et illimité dans le temps, et définissent l'installation, qui est affaire à la fois du clergé et de l'Eglise, comme l'acte identifiant, à un moment donné de sa carrière, le champ d'action d'un pasteur. D'autres Eglises luthériennes, dont la nôtre, n'ordonnent un candidat au ministère que lorsqu'il a reçu sa première vocation, et font coïncider l'ordination avec l'installation dans la première paroisse, confessant ainsi que c'est en devenant ministre d'une Eglise locale qu'on devient ministre de l'Eglise universelle.

La place et le rôle du chrétien dans l'Eglise:

La Bible enseigne que la vie du chrétien est un service permanent qu'il rend à Dieu dans l'Eglise et dans le monde. Dans l'Eglise en particulier, tous les croyants sont appelés à se mettre au service les uns des autres, sans aspirer à des positions d'honneur (Luc 22:26.27). D'autre part, le Nouveau Testament présente l'Eglise chrétienne, universelle et locale, comme le corps du Christ dans lequel tous les membres sont solidaires les uns des autres (Romains 12:4-8; 1 Corinthiens 12:12-31). Il y occupent une place et y jouent un rôle qui sont tributaires des dons reçus du Seigneur. L'Eglise ne peut vraiment s'épanouir que si chaque croyant en est une pierre et un membre vivant, demandant à Dieu de sanctifier les dons qu'il lui a plu de lui accorder et les utilisant à sa gloire et pour le bien-être de son peuple. C'est la vision organique de l'Eglise. L'étude de cette question relève de ce qu'on appelle en anglais le "stewardship". Cf. le chapitre sur les dons dans l'Eglise, leur pluralité, leur diversité, leur complémentarité, leur unité, leur interdépendance et la souveraineté de Dieu dans leur attribution, in W. Kreiss, Pierres vivantes et gérants fidèles, C.E.T., 1992.

La mission de l'Eglise:

Etant dans le monde, mais pas du monde (Jean 17:6-19), l'Eglise chrétienne a une double tâche. Elle doit baptiser et enseigner, instruire dans la foi ses enfants et ses adultes pour qu'ils deviennent des chrétiens engagés et fidèles. Mais elle doit aussi faire de la mission. Jésus-Christ lui en a donné l'ordre explicite. Cette obligation résulte du fait que Dieu ne veut pas la mort du pécheur, mais qu'il se repente et vive, et d'autre part de ce que le Christ est mort pour tous les hommes et les a tous rachetés. Aussi sont-ils tous appelés à le connaître. La repentance et le pardon des péchés doivent être "prêchés en son nom à toutes les nations" (Luc 24:47). L'Eglise chrétienne doit tenter de s'implanter partout par la prédication de l’Évangile et l'administration des sacrements. Et partout où elle s'est implantée, elle doit s'efforcer de devenir dans les meilleurs délais indépendante, autonome et responsable de son expansion. Deux tiers du monde n'ont pas encore été vraiment évangélisés. D'autre part, les pays traditionnellement chrétiens ont cessé de l'être et ont plus que jamais besoin de l'Evangile.

La mission de l'Eglise ne consiste pas dans la transformation du monde. Le Christ ne propose pas au monde un programme social destiné à surmonter les injustices, réaliser l'équité, le bien-être et la paix. Il ne plaide pas pour l'instauration dans les peuples de valeurs morales et d'un ordre meilleurs. L'action de l'Eglise ne se situe pas au niveau social ou moral. Son devoir n'est pas de changer le monde, mais de l'appeler à la repentance. "Sauvez-vous de cette génération perverse", prêchaient les apôtres (Actes 2:40). Les chrétiens savent qu'avant le retour de Jésus-Christ il n'y aura pas chez les hommes de société correspondant à la volonté de Dieu. D'autre part, le tableau que Jésus et les apôtres brossent du monde dans les derniers temps ne laisse pas espérer d'amélioration et ne nous autorise pas à croire que l'Eglise pourra l'influencer par les valeurs qu'elle prône.
L'Eglise chrétienne n'a pas à influencer le monde, mais à le gagner pour le Christ. Ce n'est que de cette façon qu'il peut changer. Il faut aux hommes un autre coeur pour devenir meilleurs, et ce coeur, seul le Saint-Esprit peut le leur donner par la prédication de l’Évangile qui régénère, renouvelle et sanctifie. Lorsque l'Eglise chrétienne est solidement implantée dans un pays, elle influence la société, la marque de son empreinte. C'est ainsi que naît une culture chrétienne. L'implantation d'une telle culture cependant n'est pas la mission propre de l'Eglise. Elle est par contre un beau fruit de la proclamation de l’Évangile du salut. Il ne s'agit donc pas d'inviter les hommes à penser et agir chrétiennement, tout en les laissant dans leur incrédulité, mais de prêcher la repentance et la foi en Jésus-Christ, de faire d'eux des chrétiens qui ensuite, tout naturellement, penseront et agiront en chrétiens.
L'Eglise chrétienne doit aussi faire de la mission, parce que selon l'enseignement de la Bible il n'y a de salut qu'en Jésus-Christ et qu'aucun autre nom n'a été donné aux hommes par lequel ils puissent être sauvés (Actes 4:12). Il est seul "le chemin, la vérité et la vie" et nul ne vient au Père que par lui (Jean 14:6). Le christianisme prétend être la seule religion vraie qui puisse sauver l'homme. Prétention inouïe qui soulève bien des protestations et que même beaucoup de théologiens et de chrétiens récusent. Il est de bon ton aujourd'hui de professer que Dieu peut se servir aussi d'autres religions pour sauver les hommes, que le Christ est caché aussi dans d'autres croyances, qu'on peut être sauvé par Jésus sans le connaître, en suivant les lumières dont on dispose. D'où le mot d'ordre: "Dialoguons avec les représentants des autres religions, mais n'essayons pas de les convertir!"
Ce n'est pas là du tout l'enseignement de la Bible. Les prophètes de l'ancienne alliance et les apôtres de l'alliance nouvelle n'ont en rien pactisé avec les dieux des nations ou célébré des cultes communs avec les païens (1 Rois 18; Actes 14:11-15; 19:27). L’Évangile cesse d'être source de vie, même pour l'Eglise, si elle n'a pas le courage de dire qu'il est la vérité chargée de conquérir le monde entier et de dissiper les ténèbres de l'erreur. Faire oeuvre sociale au nom du Christ, construire par amour pour Dieu et pour le prochain des écoles et des hôpitaux, soulager la souffrance dans le monde, exercer la miséricorde est une belle et noble façon de servir le Seigneur. Mais la mission proprement dite qui a été confiée à l'Eglise et qu'elle est absolument seule à pouvoir mener à bien, est l'annonce de la Parole de Dieu et l'appel à la repentance et la conversion.

Beaucoup d'Eglises luthériennes, surtout là où elles sont Eglises d'Etat, sont multitudinistes. D'autres Eglises le sont aussi, sans pour autant être Eglises d'Etat. Elles considèrent comme membres tous ceux qui ont un jour reçu le Baptême, qu'ils professent ou non la foi chrétienne. Beaucoup d'entre eux ne sont chrétiens que de nom. L'Eglise évangélique luthérienne est par définition une Eglise de professants. Non qu'elle refuse le Baptême aux enfants et le réserve à ceux qui le demandent après une expérience de la conversion, comme le font les Évangéliques, mais pour y être considéré comme un chrétien véritable, il faut porter les marques visibles de la foi qui sont l'amour de la Parole et des sacrements et une vie chrétienne. Un chrétien évangélique luthérien ne peut pas dire: "Je crois, mais je ne pratique pas", car il sait qu'il n'y a pas de foi véritable sans l'écoute de l’Évangile, la communion au corps et au sang du Christ, la prière et l'adoration. Si l'Eglise chrétienne est le corps du Christ, on en devient par la foi un membre vivant. La notion de membre mort est contradictoire. Quand un sarment est mort, c'est qu'il n'est plus relié au cep, même s'il n'en a pas été physiquement retranché. Un membre mort n'est plus relié à Jésus-Christ. Il ne fait plus partie de son corps qu'est Eglise.

(Wilbert Kreiss, Docteur en Théologie luthérienne, La Petite Dogmatique, édition collection Kreiss. 2013).

dimanche 24 février 2019

Méditation de la semaine:LA DOCTRINE DE L'EGLISE 01.

Nous enseignons aussi qu'il ne doit y avoir qu'une sainte Eglise chrétienne et qu'elle subsistera éternellement. Elle est l'assemblée de tous les croyants parmi lesquels l’Évangile est prêché fidèlement et les saints sacrements administrés conformément à l’Évangile" (Confession d'Augsbourg, Article VI). "Dieu merci, un enfant de sept ans sait aujourd'hui ce qu'est l'Eglise: ce sont les saints croyants, "les brebis qui écoutent la voix de leur berger". Les enfants en effet prient ainsi: "Je crois une sainte Eglise chrétienne". Cette sainteté ne consiste pas dans les surplis, les tonsures, les chasubles, ni dans les cérémonies étrangères à l'Ecriture et d'invention humaine, mais dans la Parole de Dieu et la vraie foi" (Articles de Smalcalde, III, 12).


1. L'EGLISE
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Le concept d'Eglise:

Le mot "Eglise" qu'on a l'habitude d'écrire avec une minuscule quand il s'agit d'un bâtiment et avec une majuscule dans tous les autres cas, vient d'un terme grec qui signifie "assemblée". Dans la vie publique, à Athènes par exemple, l'Eglise était l'assemblée des citoyens réunis pour décider du sort de leur ville. Littéralement, le mot signifie "appelée". L'Eglise est, dans l'enseignement de la Bible, comme nous allons le voir, l'assemblée des croyants, le peuple de ceux que Dieu a appelés au salut par la prédication de l’Évangile et l'administration des sacrements. Le mot désigne tantôt l'assemblée locale réunie autour des moyens de grâce, tantôt le peuple de Dieu dans une région ou un pays donnés, et enfin l'Eglise universelle constituée de tous les croyants du monde.
Le mot est employé dans son sens local et désigne l'Eglise en un lieu donné, quand il est dit par exemple qu'il y eut "une grande persécution contre l'Eglise de Jérusalem" (Actes 8:1), qu'il y avait des prophètes dans "l'Eglise d'Antioche" (Actes 13:1), ou encore que Paul "fortifiait les Eglises" de la Syrie et de la Cilicie (Actes 15:41). Cf. encore Matthieu 18:17; Actes 5:1; 14:23; 16:15; 20:28; 12 Corinthiens 1:2; 16:19, etc.
Le terme désigne l'Eglise en une région ou une province donnée, quand il est dit par exemple que Saul "ravageait l'Eglise" (Actes 8:3), que "l'Eglise était en paix dans toute la Judée, la Galilée et la Samarie" (Actes 9:31).
Il existe aussi ce qu'on appelle l'Eglise domestique, un groupe de chrétiens se réunissant autour des moyens de grâce dans une maison, au foyer d'un de ses membres: "Saluez l'Eglise qui est dans leur maison", écrit l'apôtre aux Romains (Romains 16:4). Aquilas et Priscille accueillaient l'Eglise dans leur maison (1 Corinthiens 16:19). Cf. encore Colossiens 4:15; Philémon 2.
Enfin, l'Eglise est l'ensemble des croyants du monde entier, auxquels il convient encore d'ajouter les croyants parvenus à la gloire et réunis autour du trône de Dieu. Parlant de son peuple tout entier, Jésus dit à Pierre: "Tu es Pierre, et sur cette pierre j'édifierai mon Eglise, et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle" (Matthieu 16:18). Les maris doivent aimer leurs femmes comme Christ "a aimé son Eglise et s'est livré lui-même pour elle" (Éphésiens 5:25). L'apôtre souffre pour le corps de Christ "qui est l'Eglise" (Colossiens 1:24).
Le Nouveau Testament utilise donc un seul terme pour désigner ce pour quoi nous en employons plusieurs. Il s'ensuit qu'il n'y a pas de différence fondamentale entre l'Eglise universelle et l'Eglise particulière. La seule différence réside dans l'extension géographique. L'Eglise locale est Eglise du Christ au même titre que l'Eglise universelle. Elle possède les mêmes titres et a droit aux mêmes bénédictions et aux mêmes privilèges.

Les titres de l'Eglise:

L'Eglise chrétienne possède de véritables titres de noblesse qui l'identifient comme le peuple que Dieu aime tendrement et avec fidélité, qu'il a racheté et appelé à la vie éternelle en Jésus-Christ. C'est vrai au sens local et universel.
L'Eglise est l'épouse du Christ: "Viens, je te montrerai l'Eglise, la femme de l'Agneau" (Apocalypse 21:9). "Maris, aimez vos femmes comme Christ a aimé son Eglise et s'est livré lui-même pour elle" (Éphésiens 5:25). Cf. aussi toutes les paraboles des noces ou du festin nuptial (Matthieu 22:1-14; Luc 14:16-24) et tous les textes bibliques identifiant les relations entre Dieu et son peuple au lien conjugal, à l'amour d'un mari pour sa femme, déclarant que le Seigneur reste fidèle à son peuple et assimilant toute infidélité de la part de son peuple à de l'adultère ou de la prostitution spirituelle (Ézéchiel 16:15 ss.; Osée 2:16 ss.).
L'Eglise est aussi le troupeau du Seigneur. Jésus, le bon Berger, dit: "Je connais mes brebis et elles me connaissent, comme le Père me connaît et comme je connais le Père, et je donne ma vie pour mes brebis" (Jean 10:14; cf. aussi Jean 10:16). Elle est encore la maison ou le temple de Dieu: "Nous sommes le temple du Dieu vivant, comme Dieu l'a dit: J'habiterai et je marcherai au milieu d'eux. Je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple" (2 Corinthiens 6:16). "En Jésus-Christ, tout l'édifice bien coordonné s'élève pour être un temple saint dans le Seigneur. En lui vous êtes aussi édifiés pour être une habitation de Dieu en esprit" (Éphésiens 2:21.22). Cf. encore 1 Timothée 3:15.
Elle est l'assemblée des enfants de Dieu. Jésus est chargé de "réunir dans un seul corps les enfants de Dieu dispersés" (Jean 11:51.52). En lui nous recevons l'adoption. Nous sommes "fils de Dieu par la foi en Jésus-Christ" (Galates 3:26). Cf. encore Jean 1:12; Romains 8:16; Galates 4:4.5. L'Eglise est encore le Royaume de Dieu. Ou du Christ. Le "royaume du Fils de son amour" dans lequel nous avons été transplantés (Colossiens 1:13.14), ce Royaume dans lequel on entre en naissant de nouveau (Jean 3:3.5), qui "ne vient pas de manière à frapper les regards", car il est "au milieu" ou "au-dedans" de nous (Luc 17:20.21).
L'Eglise chrétienne est encore une assemblée de sacrificateurs royaux, de "sacrificateurs pour Dieu" (Apocalypse 1:6; 5:10). Pierre dit des chrétiens: "Vous êtes une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple acquis, afin que vous annonciez les vertus de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière" (1 Pierre 2:9). La comparaison de textes tels que Éphésiens 2:21.22 et 1 Timothée 3:15 montre qu'un même titre appartient aussi bien à l'Eglise universelle qu'à l'Eglise locale. Celle-ci n'est qu'une fraction de celle-là.

Définition de l'Eglise:


Dans le sens strict du terme, le mot "Eglise" désigne l'assemblée des vrais croyants, des saints de Dieu, de tous les pécheurs que, dans le monde entier ou en un lieu donné, l’évangile a appelés au salut, convertis à Jésus-Christ, régénérés et sanctifiés pour qu'ils appartiennent au Seigneur et héritent de la vie éternelle. Il est dit dans les Actes des apôtres qu'en se convertissant, des gens étaient "ajoutés" à l'Eglise (Actes 2:38.41.47; 5:14, dans le texte original). L'apôtre Paul affirme que l'Eglise de Dieu est composée de saints (1 Corinthiens 1:1; 2 Corinthiens 1:1; Éphésiens 1:1; Philippiens 1:1; Colossiens 1:2). C'est donc par la foi qu'on entre dans l'Eglise chrétienne, qu'on devient membre du peuple de Dieu. C'est par elle en effet qu'on est brebis de Jésus-Christ (Jean 10:14.15.27), qu'on trouve le pardon auprès de lui, qu'on devient enfant de Dieu (Galates 3:26). L'Eglise chrétienne est le peuple pour lequel le Christ s'est livré à la mort, qu'il purifie et sanctifie. Le Baptême est le signe visible de l'entrée dans ce peuple (Actes 2:38.41; Galates 3:26.27). C'est par la foi qu'on est uni au Christ comme le sarment l'est au cep (Jean 15:1-8) ou le corps à son chef.

Les propriétés ou particularités de l'Eglise:

L'Eglise a un certain nombre de propriétés qui l'identifient comme le peuple de Dieu. C'est ainsi qu'elle est une, et cela malgré le spectacle de ses divisions: "J'ai encore d'autres brebis qui ne sont pas de cette bergerie. Celles-là, il faut que je les amène. Elles entendront ma voix, et il y aura un seul troupeau, un seul berger" (Jean 10:16). "Il y a un seul corps et un seul Esprit, comme aussi vous avez été appelés à une seule espérance par votre vocation. Il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tous et parmi tous et en tous" (Éphésiens 4:4-6). Cf. encore Hébreux 12:22.23. Les divisions déchirent certes la chrétienté visible, mais pas le peuple de Dieu qui reste uni par la foi en son Sauveur.
L'Eglise chrétienne est aussi sainte. Ses membres ont été "lavés, sanctifiés, justifiés au nom du Seigneur Jésus-Christ" (1 Corinthiens 6:11). Ils sont "saints en Jésus-Christ" (Philippiens 1:1; Colossiens 1:2), sanctifiés en lui (1 Corinthiens 1:1.2; Éphésiens 5:25-27). Par la foi en Christ, ils ont obtenu le pardon et ont été placés sur un chemin sur lequel le Saint-Esprit agit dans leur coeur et leur vie et les fait marcher dans la sainteté et la justice.
L'Eglise est encore universelle. Catholique, au sens étymologique du terme. Elle ne connaît aucune frontière, historique, culturelle, politique, raciale, linguistique, sociale, ni même ecclésiastique. Tous ceux qui croient en Jésus et confessent son nom font partie du même peuple, quelles que soient leurs origines. Même dans l'ancienne alliance, les croyants ont été sauvés de la même façon, par la foi en Christ. C'est ce que montre l'exemple d'Abraham qui s'est réjoui de voir "le jour du Christ" (Jean 8:56), et ce qu'affirment les prophètes déclarant que "quiconque croit en lui reçoit par la foi en son nom le pardon des péchés" (Actes 10:43).
On dit aussi que l'Eglise est infaillible. Non pas dans le sens qu'a ce terme dans le dogme catholique, mais au sens étymologique du mot: elle ne tombera pas, mais subsistera toujours. "Les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle", disait Jésus (Matthieu 16:18). On ne peut pas séduire les élus (Matthieu 24:24), car Dieu veille sur leur salut et personne ne peut les arracher de sa main ni de la main de son Fils (Jean 10:28.29).
L'Eglise est apostolique, car bâtie "sur le fondement des apôtres et des prophètes, Jésus-Christ lui-même étant la pierre angulaire" (Éphésiens 2:20). C'est par la parole des apôtres que les hommes croient en Christ (Jean 17:20.21). C'est dans leur enseignement que l'Eglise persévère (Actes 2:42), et nul n'a le droit d'annoncer un autre Évangile que le leur (Galates 1:9).
L'Eglise est par ailleurs l'unique détentrice du salut. Il n'y a pas de salut en dehors d'elle. Cela, bien sûr, ne s'applique à aucune dénomination particulière, mais ne vaut que de l'Eglise chrétienne ou, si on préfère, invisible. Il faut faire partie du peuple de Dieu pour être sauvé, et on l'est partout où on se repent de ses péchés et croit de tout coeur en Jésus-Christ, à quelque Eglise visible qu'on appartienne. "Le Seigneur ajoutait chaque jour à l'Eglise ceux qui étaient sauvés" (Actes 2:47). Cela signifie inversement que tant qu'on ne croit pas en Christ et qu'on n'est pas devenu membre de l'Eglise chrétienne, on n'a pas la vie éternelle.
Enfin on distingue communément entre Eglise invisible et Eglise visible. Ce ne sont pas deux Eglises distinctes, mais il s'agit toujours de la seule et unique Eglise envisagée de façons différentes. Elle est en soi invisible, puisque c'est par la foi qu'on en devient membre. Le Seigneur est seul à connaître les siens (2 Timothée 2:19), et le Royaume de Dieu ne vient pas de manière à "frapper les regards", car il est parmi nous ou au milieu de nous (Luc 17:20.21). C'est pourquoi l'Eglise chrétienne est un article de foi: "Je crois la sainte Eglise chrétienne...".
Mais la foi ne reste jamais cachée. Elle se manifeste toujours par les oeuvres. D'autre part, c'est par sa Parole et les sacrements que Dieu assemble, édifie, sanctifie et sauve son peuple. L'Eglise se réunit autour des moyens de grâce et persévère "dans l'enseignement des apôtres, dans la fraction du pain, dans la communion fraternelle et dans les prières" (Actes 2:42). D'invisible, elle devient de la sorte visible. Bien que Dieu seul connaisse les siens, on sait où elle est. Partout où l’Évangile est prêché, où des gens sont baptisés et communient au corps et au sang du Christ, le Saint-Esprit est à l'oeuvre, appelle, édifie, sanctifie et sauve. La Parole de Dieu ne retourne jamais à lui sans effet, sans avoir exécuté sa volonté et accompli ses desseins (Isaïe 55:10.11). On appelle pour cela la Parole de Dieu et les sacrements les notes ou marques de l'Eglise.
Cela signifie aussi qu'il peut y avoir, parmi ceux qui se regroupent ainsi autour de l’Évangile et des sacrements, des hypocrites et des impénitents. Ils sont au milieu les chrétiens, l’œil humain ne les discerne pas (du moins aussi longtemps qu'ils dissimulent l'impiété de leur coeur), mais quoique mêlés aux enfants de Dieu et bien que leurs noms figurent dans les registres paroissiaux, ils ne font pas partie de son peuple. Cette précision est de la plus grande importance. L'appartenance à une paroisse est importante, certes, mais à elle seule elle ne sauve pas. Il faut pour cela être membre du peuple de Dieu.
On distingue encore entre Eglise orthodoxe et Eglise hétérodoxe. L'Eglise orthodoxe est par définition celle qui enseigne la Parole de Dieu dans toute sa pureté, sans s'en écarter en rien, et qui administre les sacrements conformément à l'institution du Seigneur. Les notes ou marques de l'Eglise y sont préservées pures. Inversement, on appelle Eglise hétérodoxe une Eglise qui erre dans un ou plusieurs points de la doctrine chrétienne, sans pour autant renverser le fondement même de la foi, auquel cas elle n'est plus Eglise, mais une secte. Il est du devoir des chrétiens et donc de l'Eglise de demeurer dans la Parole du Christ (Jean 8:31.32), de "tenir tous un même langage et de ne point avoir de divisions" parmi eux, mais d'être "parfaitement unis dans un même esprit et dans un même sentiment" (1 Corinthiens 1:10). L'apôtre Paul écrit aux chrétiens de Rome: "Je vous exhorte, frères, à prendre garde à ceux qui causent des divisions et des scandales au préjudice de l'enseignement que vous avez reçu. Éloignez-vous d'eux" (Romains 16:17). Il leur est demandé de ne pas "enseigner d'autres doctrines" ni de "s'attacher à des fables et des généalogies sans fin, qui produisent des discussions plutôt qu'elles n'avancent l'oeuvre de Dieu dans la foi" (1 Timothée 1:3.4). Aucun autre Évangile que celui des apôtres ne doit être proclamé dans l'Eglise (Galates 1:8.9), et si quelqu'un apporte une autre doctrine, il ne faut pas le recevoir dans sa maison, ne pas saluer en lui un frère dans la foi (2 Jean 10.11).
La Parole de Dieu et les sacrements sont le grand trésor confié à l'Eglise. Elle doit y veiller jalousement et le préserver de tout ce qui pourrait l'altérer et le dénaturer. Il lui est donc demandé de prêcher la vérité et en même temps de dénoncer toute erreur ou fausse doctrine. Au besoin, elle doit exclure les faux docteurs de son sein, s'ils ne se repentent pas de leurs erreurs, comme il lui est demandé non pas de ne n'avoir aucun contact avec les Eglises qui propagent de fausses doctrines, mais de ne pas avoir de communion avec elles. On appelle cela la communion ecclésiale ou encore communion de chaire et d'autel. Elle n'est possible que là où deux Eglises confessent la même doctrine et où leur pratique est conforme à cet enseignement.
Par contre, il n'est pas nécessaire qu'elles aient les mêmes usages ou cérémonies. La Confession d'Augsbourg dit à ce sujet:

"Pour que soit assurée l'unité véritable de l'Eglise chrétienne, il suffit d'un accord unanime dans la prédication de l’Évangile et l'administration des sacrements conformément à la Parole de Dieu. L'unité véritable de l'Eglise chrétienne n'exige pas qu'on observe partout des cérémonies uniformes instituées par les hommes, comme le dit saint Paul, Éphésiens 4: 'Un seul corps, un seul esprit, comme vous avez été appelés à une seule espérance par votre vocation; un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême'" (Article VII).
Toute communion ecclésiale en l'absence d'unité doctrinale est de l'unionisme ou de l’œcuménisme. Il est bon et nécessaire que l'Eglise luthérienne témoigne autour d'elle, qu'elle professe ses convictions et les fasse connaître. Pour cela, il faut côtoyer les autres Eglises et fréquenter, rencontrer ses représentants pour dialoguer avec eux et, si possible, découvrir ou réaliser l'unité doctrinale. Mais tant que celle-ci n'a pas été constatée, toute communion ecclésiale serait une compromission avec l'erreur, une façon de pactiser avec elle, de dire qu'en fin de compte les divergences doctrinales qui caractérisent la chrétienté ne sont pas si importantes que cela et qu'on peut légitimement les ignorer. Ce n'est pas ce qui s'appelle confesser la vérité.
Il existe différents types de gouvernement de l'Eglise. Tout d'abord le type épiscopalien selon lequel le Christ a confié le gouvernement de son Eglise aux apôtres dont les successeurs sont les évêques. Détenteurs du ministère, ceux-ci dirigent l'Eglise en la dotant des pasteurs, docteurs, évangélistes et missionnaires dont elle a besoin. Le peuple des fidèles n'a pas de responsabilité réelle en matière de doctrine, de discipline ou de gouvernement. C'est le système qui prévaut dans l'Eglise catholique, l'Eglise anglicane, les Eglises épiscopaliennes et certaines Eglises luthériennes. Dans l'Eglise catholique, ce système fonctionne sous la souveraineté du pape, qui est considéré comme le successeur de Pierre, le prince des apôtres et le vicaire du Christ. Entouré du collège des évêques, mais aussi indépendamment d'eux, il exerce une primauté dans l'Eglise et est doté du charisme de l'infaillibilité quand il s'exprime en chef de l'Eglise et promulgue un dogme ex cathedra.
Le système presbytérien confie l'autorité dans l'Eglise et son gouvernement au conseil des presbytres, composé du pasteur et des anciens. L'autorité de ce collège lui vient non de l'Eglise locale, mais du Christ lui-même. Enfin, le système congrégationaliste affirme l'autonomie de la paroisse et la participation de tous les fidèles à son gouvernement. L'assemblée synodale est conçue comme un simple corps consultatif qui ne peut rien imposer aux Eglises locales, si ce n'est la fidélité à l'enseignement et à la pratique reconnus scripturaires.

La doctrine des deux règnes:

Bien des Eglises luthériennes vivent sous un régime non laïc et entretiennent des liens étroits avec l'Etat (Allemagne, Scandinavie, Finlande et, en France, l'Alsace et une partie de la Lorraine). Cela signifie que l'Etat leur reconnaît le statut d'Eglise officielle. Dans ces pays, elle est un organisme public: ses bâtiments sont construits et entretenus et ses pasteurs salariés avec les deniers publics. C'est là une anomalie, une aberration de l'histoire de l'Eglise résultant de l'ancien principe selon lequel un pays adhérait d'office à la religion de son prince: "Cujus regio, ejus religio". Cette situation qu'on retrouve d'ailleurs encore dans d'autres Eglises n'est pas biblique et ne reflète pas ce qu'on appelle dans le luthéranisme la doctrine des deux règnes.
Aux termes de cette doctrine, Dieu exerce un double règne. Le règne de puissance en vertu duquel tout lui appartient, par lequel il gouverne l'univers tout entier et fait concourir toutes choses à l'accomplissement de son dessein (Psaume 46; 50:9-12; 102:25-27; Esaïe 44-47; Matthieu 28:18). C'est le règne dans lequel le Seigneur déverse sur ses créatures toutes ses bénédictions matérielles. Il fait se succéder les saisons, fait alterner la pluie et le beau temps, bénit et multiplie la semence répandue dans les champs pour qu'elle nourrisse hommes et animaux. Il donne aux hommes l'intelligence qui leur permet d'aller de découvertes en découvertes, toutes utiles et bénéfiques pour guérir les maladies, faciliter le travail des hommes et leur procurer de meilleurs conditions de vie. Il veut en particulier que règnent l'ordre, l'équité et la justice, que soient secourus les pauvres et les faibles, protégés ceux qui font le bien et châtiés les malfaiteurs. Luther appelait cela la main gauche de Dieu. Pour exercer, il a établi en particulier des magistrats et des gouvernements qui ont pour mission de prendre la défense de ceux qui s'acquittent fidèlement de leurs devoirs, de châtier les malfaiteurs et de veiller à la justice, l'équité, la paix, la liberté et les droits légitimes de chaque humain. C'est pourquoi il est nécessaire que "toute personne soit soumise aux autorités supérieures, car il n'y a point d'autorité qui ne vienne de Dieu, et les autorités qui existent ont été instituées de Dieu. C'est pourquoi celui qui s'oppose à l'autorité résiste à l'ordre que Dieu a établi, et ceux qui résistent attireront une condamnation sur eux-mêmes" (Romains 13:1.2). Cf. encore Romains 13:3-7; 1 Timothée 2:2; 1 Pierre 2:13.14. Pour accomplir leurs tâches, les autorités édictent des lois et veillent à leur application. Dieu se sert d'elles, quel que soit le régime politique particulier dans le cadre duquel elles agissent, pour protéger l'homme dans sa vie, son honneur et ses biens. Elles n'ont de pouvoir que sur la personne physique des hommes et sur leur façon de se comporter dans la société.
Puis il existe cet autre règne que Dieu exerce par la prédication de l’Évangile. Règne intérieur caractérisé par la grâce, par lequel le Seigneur gagne les coeurs avec les promesses de son pardon et de son salut et vient habiter en eux. Puisque c'est l'Eglise chrétienne qui a été chargée de prêcher l’Évangile, c'est à travers elle qu'il l'exerce. Celle-ci assume donc sur les âmes et les consciences le pouvoir spirituel de Dieu. Par contre, l'Eglise n'a aucun pouvoir sur les corps. Et tandis que l'Etat gouverne par la loi naturelle inscrite dans les coeurs et promulguée dans les codes civil et pénal, l'Eglise gouverne par les promesses de l’Évangile et a pour seule mission d'instruire les hommes par la Parole de Dieu et de les inviter au salut par la foi en Jésus-Christ. Le Réformateur appelait cela la main droite de Dieu. L'Eglise luthérienne a toujours insisté sur le fait que ces deux règnes doivent être distingués avec soin. Toute ingérence de l'Etat dans les affaires de l'Eglise, et inversement, doit être proscrite comme contraire à la volonté du Seigneur.


(Wilbert Kreiss, Docteur en Théologie luthérienne, La Petite Dogmatique, édition collection Kreiss. 2013).

Culte en Mars!









Prochains cultes du mois de Mars:
Le 03-03-19: Culte du 3 e dimanche avant le carême (Quinquagésime) à 10h30.-vert.
Le 10-03-19: Culte du 1° dimanche du Carême (Invocavit) à 10h30-violet.
Le 17-03-19: Culte du 2° dimanche du Carême (Reminiscere) à 10h30.-violet. 
Le 24-03-19: Culte du 3° dimanche du Carême (Oculi) à 10h30.-violet.
Le 31-03-19; Culte du 4° dimanche du Carême (Laetare) à 10h30-rose.

Cette année nous ne fêtons pas le mercredi des cendres à cause de nos obligations professionnelles. Veuillez nous en excusez.
Au 05 Rue des Remparts 67170 Brumath Alsace
Venez nombreux écouter la parole de Dieu qui édifie et nous rends fort. 
Proche de la Gare SNCF (4 minutes de marche)

dimanche 17 février 2019

Méditation de la semaine:LES MOYENS DE GRACE: PAROLE DE DIEU ET SACREMENTS suite et fin.

3. LA SAINTE 
CÈNE

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"La Sainte Cène est un sacrement institué par notre Seigneur Jésus-Christ, dans lequel nous mangeons son vrai corps et buvons son vrai sang sous les espèces du pain et du vin" (Martin Luther, Petit Catéchisme). "Nous croyons que dans la Sainte Cène le pain et le vin sont le vrai corps et le vrai sang du Christ qui sont donnés et reçus. Ils sont reçus non seulement par les chrétiens pieux, mais aussi par les mauvais chrétiens" (Martin Luther, Articles de Smalcalde, III, 6, 1).
La Sainte Cène est le deuxième sacrement institué par notre Seigneur Jésus-Christ. Elle qui est le sacrement de la communion, est devenue malheureusement celui de la désunion. C'est en effet une question sur laquelle le protestantisme est profondément divisé jusqu'à ce jour.

L'enseignement de la Bible:

Les trois évangiles appelés les Synoptiques (Matthieu, Marc et Luc) racontent l'institution de la Sainte Cène, ainsi que l'apôtre Paul. Les paroles prononcées ce jour-là par Jésus sont le fondement de l'enseignement de l'Ecriture à ce sujet. Les voici avec leurs différentes variantes: "Pendant qu'ils mangeaient, Jésus prit du pain et, après avoir rendu grâces, il le rompit et le donna aux disciples en disant: Prenez, mangez, ceci est mon corps. Il prit ensuite une coupe et, après avoir rendu grâces, il la leur donna en disant: Buvez-en tous, car ceci est mon sang, le sang de l'alliance qui est répandu pour beaucoup, pour le pardon des péchés" (Matthieu 26:26-28). Chez Marc, ces paroles sont à peu près les mêmes, si ce n'est qu'il précise que tous les disciples burent la coupe. Autre différence: Il y est dit non pas que Jésus rendit grâces à propos du pain, mais qu'il le bénit (Marc 14:22-24). Selon Luc, Jésus dit du pain qu'il "est donné pour vous" et demande aux disciples de le manger "en mémoire de moi". A propos de la coupe, il déclare non pas quelle est le sang de l'alliance, mais "la nouvelle alliance en mon sang" (Luc 22:19.20). Ce sont là des différences mineures dues au fait que Jésus s'exprimait en araméen et que ses paroles furent traduites en grec par les évangélistes, et que par ailleurs il a peut-être, pendant la distribution de la Sainte Cène, prononcé plusieurs les mêmes paroles avec quelques petites variantes. En tout cas, elles ne changent rien au sens du texte.
Le sens de ces mots est tout ce qu'il y a de plus clair, et l'Eglise luthérienne a toujours insisté sur la nécessité de les laisser s'exprimer le plus naturellement du monde et de les interpréter littéralement. Selon cette interprétation, Jésus a, au cours du repas pascal pris avec les disciples la veille de sa mort, pris du pain et l'a rompu. Geste indispensable pour le distribuer et qui n'a pas de signification particulière. Il le donna aux disciples et leur demanda de le manger en disant: "Ceci est mon corps". Il fit de même avec la coupe qui, bien que le texte ne le dise pas explicitement, contenait du vin, car c'est ce que les Juifs buvaient en célébrant la Pâque. Il la leur tendit, demanda aux disciples d'en boire et leur dit que c'était son sang ou la nouvelle alliance en son sang.
Les chrétiens réformés disent qu'il faut interpréter ce texte d'une façon symbolique et affirmer que le pain et le vin représentent le corps et le sang ou en sont l'image. Il existe quelques variantes dans leur interprétation, mais ils parviennent tous à la même conclusion: c'est un symbole. Le pain brisé symbolise le corps du Christ brisé sur la croix (ce qui est d'ailleurs faux, car son corps n'a pas été brisé et ne devait pas l'être, Jean 19:31-37), et le vin qui coule de la coupe est l'image de son sang coulant sur la croix. Les Réformés citent volontiers, pour justifier leur interprétation, Jean 6:63 où Jésus dit: "C'est l'Esprit qui vivifie, la chair ne sert de rien". A quoi les Luthériens répondent que dans Jean 6 il n'est pas question de la Sainte Cène, même si les paroles de Jésus ressemblent beaucoup à celles qu'il a prononcées en administrant le sacrement. On affirme aussi que la présence du corps et du sang du Christ ne peut pas être une présence réelle, puisque son corps et son sang sont dans le ciel. Il s'agit donc d'une présence spirituelle: en mangeant le pain et en buvant le vin, le communiant croyant élève son coeur vers le ciel et s'unit spirituellement, par la foi, au corps et au sang du Christ. A cela les Luthériens répondent qu'il ne faut pas modifier le sens des paroles de Jésus et qu'il est tout-puissant, qu'il peut donc faire participer son corps et son sang à son omniprésence, les rendre présents partout où il le veut.
Ajoutons encore un autre texte biblique. L'apôtre Paul écrit aux Corinthiens: "La coupe de bénédiction que nous bénissons n'est-elle pas la communion au sang de Christ? Le pain que nous rompons n'est-il pas la communion au corps de Christ?" (1 Corinthiens 10:16). Le calice est "coupe de bénédiction" parce qu'il procure une grande bénédiction aux communiants, leur apportant le pardon des péchés, mais aussi parce qu'il fait l'objet d'une bénédiction ou d'une action de grâces. Le Christ a béni les éléments et rendu grâces à Dieu, en prononçant une prière qui ne nous a pas été conservée. Le pain et le vin, dit Paul, sont la communion, plus précisément, comme le veut la traduction littérale, la participation au corps et au sang du Christ. Cela signifie tout simplement qu'en prenant le pain et le vin bénits, le communiant reçoit le corps et le sang du Christ.
L'Eglise luthérienne rejette aussi la doctrine catholique de la transsubstantiation selon laquelle le prêtre, par un pouvoir qu'il a reçu dans son ordination, change les substances du pain et du vin en corps et sang du Christ. Il reste du pain et du vin consacrés la couleur, la consistance et le goût, mais ce n'est plus du pain et du vin. Ce n'est plus que le corps et le sang du Christ. Voilà pourquoi les hosties consacrées qui n'ont pas été consommées sont enfermées dans le "tabernacle" et font l'objet d'un culte, et le vin n'est consommé habituellement que par le prêtre (communion sous une seule espèce). Il s'agit là d'une mutilation du sacrement institué par le Christ qui, du reste, a dit explicitement aux disciples: "Buvez-en tous!"
Chose plus grave encore: L'Eglise catholique enseigne que l'eucharistie est le renouvellement non sanglant, de nos jours on dit plus volontiers la re-présentation, l'actualisation ou la réactualisation du sacrifice du Christ, et que ce geste a une vertu expiatoire pour le prêtre qui l'effectue, pour l'assemblée qui communie et, d'une façon plus générale, pour les vivants et les morts. On transforme ainsi la Cène, même si on affirme que c'est Jésus qui accomplit ce geste par le prêtre, en un rite méritoire qui vaut aux hommes des bénédictions divines, et on offense ainsi le Seigneur. En effet, si son sacrifice doit être renouvelé ou réactualisé, ne laisse-t-on pas entendre qu'il n'a pas été suffisant, qu'il a besoin, pour être efficace, devenir opérant et sauver les hommes, du concours de l'Eglise? C'est avec la plus grande vigueur que Luther s'est opposé à une telle doctrine.
Il est clair que la Sainte Cène nous met devant un profond mystère que nous ne pouvons pas élucider. On a objecté que la doctrine luthérienne est irrationnelle, qu'elle oblige à croire l'incompréhensible et l'incroyable. Sans doute, mais en va-t-il autrement avec les doctrines de la Trinité, de la rédemption ou de la justification? Existe-t-il une seule doctrine rationnelle? Nous ne pouvons pas expliquer avec notre raison comment le corps et le sang de Jésus-Christ remonté au ciel sont réellement présents partout où le sacrement est célébré. Mais nous le croyons, parce que lui-même l'a dit. On a objecté aussi que cette doctrine était impossible, que pour manger réellement le corps, il faudrait le mâcher, le digérer et l'éliminer comme le pain. On est allé jusqu'à parler d'anthropophagie. A cela l'Eglise luthérienne répond que si le corps et le sang du Christ sont réellement présents, ils ne le sont pas localement. Quoiqu'il y ait "manducation orale" (manducation par la bouche) de son corps et de son sang, ils ne sont pas enfermés dans le pain et le vin ni mâchés, digérés et éliminés avec eux. C'est une présence réelle, substantielle, mais profondément mystérieuse, qu'on appelle pour cela sacramentelle. Enfin, on a dit qu'une présence réelle était inutile. "C'est l'Esprit qui vivifie, la chair ne sert de rien" (Jean 6:63). Rappelons cependant que ce texte n'est pas une révélation divine sur la Sainte Cène. Et enfin, depuis quand revient-il à l'homme de dire ce qui lui est utile ou non en matière de foi? Dieu ne sait-il pas mieux que nous de quoi nous avons besoin?
La présence réelle se fonde sur les paroles que Jésus a prononcées en instituant le sacrement, et non sur la foi des communiants. Il s'ensuit, et c'est une affirmation caractéristique de la doctrine luthérienne, que tous ceux qui se présentent à la Table du Seigneur reçoivent le corps et le sang du Christ, ce qu'on appelle les éléments célestes du sacrement, et cela indépendamment de leur foi ou de leur incrédulité. Les communiants indignes également, mais eux les reçoivent pour leur jugement. L'apôtre Paul affirme en effet que "celui qui mangera le pain et boira la coupe du Seigneur indignement, sera coupable envers le corps et le sang du Seigneur" et que "celui qui mange et boit sans discerner le corps du Seigneur, mange et boit un jugement contre lui-même" (1 Corinthiens 11:27.29).

Les effets de la Sainte Cène

Jésus nous explique quels sont les effets de la Sainte Cène quand il dit de son corps qu'il est donné et de son sang qu'il est répandu pour nous, pour la rémission de nos péchés et lorsque, par ailleurs, il précise que la coupe est la nouvelle alliance en son sang. Il offre donc aux communiants ce par quoi il a expié leurs péchés et les a réconciliés avec Dieu. En un mot, il nous donne les gages de notre rédemption. La Sainte Cène a ainsi les mêmes effets que l’Évangile ou le Baptême. Elle nous scelle les grâces du Christ, en particulier le pardon des péchés. Luther écrit:

"La grâce de la Sainte Cène nous est indiquée par ces mots: Donné et répandu pour vous en rémission des péchés. Ainsi, en vertu de ces paroles, nous recevons dans la Sainte Cène la rémission des péchés, la vie et le salut, car où il y a rémission des péchés, là aussi est la vie et le salut" (Luther, Petit Catéchisme).
Les effets de la Sainte Cène sont les suivants:
Elle offre aux communiants les gages de leur rédemption et les fortifie ainsi dans la foi au pardon. Elle est pour l'âme ce que la nourriture naturelle est pour le corps, procurant au croyant une force et une certitude dont il a toujours besoin: Dieu lui pardonne ses péchés. Les promesses de l’Évangile sont, de la part de Dieu, une déclaration d'amour. Dans la Sainte Cène, le corps et le sang de Jésus-Christ sont une déclaration d'amour rendue visible, tangible, ce qu'un bouquet de fleurs est pour une fiancée. Il y a dans le sacrement application individuelle et personnalisée des promesses universelles de l’Évangile.
D'autre part, la Sainte Cène unit étroitement au Christ. Elle est communion à son corps et à son sang. En la recevant, on reçoit Jésus-Christ en soi et vit en étroite communion avec lui. Elle est aussi proclamation de la mort rédemptrice du Christ. L'apôtre Paul écrit: "Toutes les fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur jusqu'à ce qu'il vienne" (1 Corinthiens 11:26). En communiant, le peuple de Dieu commémore le sacrifice de son Sauveur, confesse qu'il l'a racheté par son sacrifice expiatoire.
Le sacrement de la Cène a aussi pour effet de concrétiser la communion fraternelle de tous ceux qui s'approchent de la table du Seigneur. "Puisqu'il y a un seul pain, nous qui sommes plusieurs, nous formons un seul corps, car nous participons tous au même pain" (1 Corinthiens 10:17). C'est le repas de la convivialité. Unis dans une même foi, rassemblés autour de la même table, désireux de recevoir les mêmes gages du pardon et toujours prêts à se pardonner réciproquement, les croyants se souviennent qu'ils ne sont pas seuls dans le monde, mais qu'ils forment une même famille autour du même Chef. Ils grandissent ainsi dans l'amour fraternel.
L'eucharistie fortifie aussi dans la certitude de la résurrection pour la vie éternelle. Le Christ ressuscité et victorieux nourrit les siens de son corps, gage de leur future résurrection. Il leur certifie ainsi qu'il ne les abandonnera pas à la misère et l'humiliation présentes, mais qu'un jour il les transformera et les glorifiera par le pouvoir qu'il a de s'assujettir toutes choses" (Philippiens 3:21). En communiant avec foi, le chrétien attend la rédemption de son corps (Romains 8:33).
Enfin, la Sainte Cène est le repas de l'Eglise qui attend le retour de son Seigneur. Jésus dit, en l'instituant: "Je vous le dis, je ne boirai plus désormais de ce fruit de la vigne, jusqu'au jour où j'en boirai avec vous dans la maison de mon Père" (Matthieu 26:29). Et Paul commente en ces termes: "Toutes les fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur jusqu'à ce qu'il vienne" (1 Corinthiens 11:26). L'eucharistie est ainsi le repas d'un peuple en voyage, d'une Eglise qui vit dans l'attente du renouvellement de toutes choses. Elle est préfiguration du banquet céleste, des noces de l'Agneau. C'est la manne dans le désert dont Jésus nourrit son peuple, avant de le faire entrer dans le pays où coulent le lait et le miel. C'est la nourriture divine qui le fortifie pour son voyage et pour le combat qu'il doit mener jusqu'à la victoire finale.

L'administration de la Sainte Cène:

L'eucharistie est administrée par l'Eglise luthérienne dans le cadre d'une liturgie qui remonte à l'Eglise ancienne, qui est très riche en signification et prépare le chrétien à communier d'un coeur repentant, croyant et rempli d'adoration pour ce profond mystère. Dans cette liturgie, la consécration du pain et du vin par la récitation, de la part du pasteur, des paroles d'institution est un élément vital et indispensable. C'est en vertu des paroles du Christ, en effet, que l'eucharistie est un sacrement et que son corps et son sang sont présents. L'Eglise luthérienne enseigne que cette présence a lieu pendant tout le temps que dure l'administration du sacrement.
Pour qu'il soit administré conformément à son institution, il faut aussi que les éléments soient effectivement distribués aux communiants. Par contre, il ne doivent pas faire l'objet d'un culte, car non seulement ils ne sont pas destinés à être adorés, mais la présence du corps et du sang du Christ cesse quand tous ont communié.
L'Eglise luthérienne enseigne et confesse qu'on communie indignement quand on le fait avec un coeur impénitent et sans foi. Elle se sait en cela liée aux paroles de l'apôtre déjà citées: "Celui qui mangera le pain ou boira la coupe du Seigneur indignement, sera coupable envers le corps et le sang du Seigneur. Que chacun donc s'éprouve soi-même et qu'ainsi il mange du pain et boive de la coupe, car celui qui mange et boit sans discerner le corps du Seigneur, mange et boit un jugement contre lui-même" (1 Corinthiens 11:27-29).
Le discernement du corps et du sang du Seigneur implique 1) la repentance par laquelle le communiant se sait et se confesse coupable et en demande pardon à Dieu, 2) la foi en la mort rédemptrice du Christ, source du pardon et du salut, 3) la volonté sincère de se détourner du mal et de vivre saintement, et bien sûr aussi la foi en la présence réelle du corps et du sang du Christ sous les espèces du pain et du vin. C'est la raison pour laquelle l'Eglise évangélique luthérienne n'admet pas à la Cène ceux qui ne sont pas capables de s'examiner conformément à l'Ecriture Sainte, quelles que soient les raisons de cette incapacité (ignorance, handicap mental grave, incrédulité, impiété).
Il s'agit des enfants qui n'ont pas encore atteint un degré de connaissance suffisant pour s'examiner. La Bible cependant ne prescrit aucun âge; c'est à l'Eglise d'agir pour le mieux. Il s'agit par ailleurs des malades mentaux souffrant de troubles tels qu'ils ne sont pas en mesure de s'examiner, ainsi que des malades en état d'inconscience. D'autre part, l'Eglise exclut de la Sainte Cène ceux qui ont fait l'objet d'une procédure d'excommunication parce qu'il vivent dans le péché ou dans l'incrédulité, et ne s'en sont pas repentis. Il va de soi que le jour où ils s'en repentent (et la repentance doit être publique quand le péché l'a été), ils sont à nouveau admis à la Table du Seigneur. L'Eglise évangélique luthérienne refuse aussi la Cène à tous ceux qui professent de fausses doctrines, sont attachés à l'erreur et y souscrivent, et quand ce ne serait que par l'appartenance à une Eglise qui ne confesse pas la vérité.
Elle pratique pour toutes ces raisons ce qu'on a l'habitude d'appeler la communion close. Elle considère que l'eucharistie n'est pas seulement un moyen de grâce, mais aussi le témoignage de l'unité de la foi, que dans ce domaine elle n'est pas une méthode pour réaliser l'unité, mais qu'elle ne peut en être que le signe visible et le témoignage. Elle ne donne donc la Cène qu'à ceux qui professent la même foi, à ses membres et à ceux d'Eglises soeurs. L'apôtre Paul écrit: "Puisqu'il y a un seul pain, nous qui sommes plusieurs, nous formons un seul corps, car nous participons tous à un même pain" (1 Corinthiens 10:17).
Cette pratique est peu comprise à une époque d'unionisme et d’œcuménisme où les Eglises veulent s'unir par-delà leurs divergences doctrinales, laissant entendre que celles-ci ne constituent pas des erreurs, mais sont des opinions différentes et également légitimes. L'Eglise luthérienne et les autres Eglises qui pratiquent la communion close se heurtent ainsi à l'incompréhension générale. Elle reste cependant convaincue que, ce faisant, elle agit conformément à la Parole de Dieu et aux exigences de vérité qui sont les siennes. Il lui est demandé de rester fidèle à cette pratique, tout en faisant preuve d'un maximum de compréhension, de patience et de charité.


(Wilbert Kreiss, Docteur en Théologie luthérienne, La Petite Dogmatique, édition collection Kreiss. 2013).

lundi 11 février 2019

Médiation de la semaine:LES MOYENS DE GRACE: PAROLE DE DIEU ET SACREMENTS 02.

2. LE 
BAPTÊME
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"Le Baptême n'est pas une eau ordinaire, mais une eau administrée par suite d'un commandement de Dieu et unie à sa Parole... Le Baptême opère la rémission des péchés, il délivre de la mort et du diable et il donne le salut éternel à tous ceux qui croient, conformément aux paroles et aux promesses de Dieu" (Martin Luther, Petit Catéchisme).
L'institution et l'administration du Baptême:

Le Baptême a été institué par Jésus-Christ avant de remonter au ciel, quand il dit aux disciples: "Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et enseignez-leur à observer tout ce que je vous ai prescrit" (Matthieu 28:18-20). Ou encore: "Allez par tout le monde et prêchez la bonne nouvelle à toute la création. Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé, mais celui qui ne croira pas sera condamné" (Marc 16:15.16). En réalité, Jésus a repris un baptême qui existait déjà, celui de Jean-Baptiste dans le désert. Il avait entre-temps accompli le salut que ce sacrement est chargé d'offrir aux monde.
Le Baptême consiste en l'application d'eau au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Le mot vient d'un terme grec qui signifie laver, éventuellement, mais pas nécessairement, en plongeant dans l'eau. Ceux qui prétendent que le Baptême doit avoir lieu par immersion soutiennent généralement que le mot en question signifie plonger. C'est inexact, parce que la chose n'est pas prouvée. Le mot ne signifie rien d'autre que laver.
Il est fort possible que beaucoup de baptêmes administrés à l'époque aient eu lieu par immersion. Jean-Baptiste l'a sans doute fait (Marc 1:4-11), Philippe peut-être aussi quand il baptisa l'eunuque d'Ethiopie (Actes 8:36-39). Mais il paraît évident aussi qu'on ait baptisé par simple effusion de l'eau. Ce fut sans doute le cas le soir de la Pentecôte, quand trois mille personnes reçurent le Baptême (Actes 2:41), ou bien quand on baptisait des gens dans les maisons (Actes 9:17-19; 10:47.48; 16:33). D'autre part, si l'immersion symbolise bien le fait que par le Baptême le croyant meurt au péché et vit avec le Christ, l'effusion ou aspersion rappelle que le sang de notre Sauveur nous purifie. L'Eglise luthérienne a toujours affirmé que la façon dont l'eau était appliquée dans le sacrement importait finalement assez peu et que la validité du Baptême ne dépendait pas de la quantité d'eau utilisée.

Les bienfaits et l'efficacité du Baptême:

Le Baptême est selon le clair enseignement de la Bible porteur de toutes les grâces et de tous les bienfaits que Jésus-Christ a mérités et acquis au monde par sa mort rédemptrice et sa résurrection victorieuse. Dieu y offre tout d'abord le pardon des péchés. Au soir de la Pentecôte, Pierre dit à la foule: "Repentez-vous et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ pour le pardon de vos péchés, et vous recevrez le don du Saint-Esprit" (Actes 2:38). Certes, il faut se repentir, mais la promesse du pardon est directement liée au Baptême. Ananias dit à Saul de Tarse qui venait de rencontrer le Christ sur le chemin de Damas: "Lève-toi, sois baptisé et lavé de tes péchés" (Actes 22:16). D'autre part, l'apôtre Paul écrit: "Christ a aimé l'Eglise et s'est livré lui-même pour elle, afin de la sanctifier, après l'avoir purifiée par le bain d'eau dans la parole, afin de faire paraître devant lui cette Eglise glorieuse, sans tache ni ride ni rien de semblable, mais sainte et irrépréhensible" (Ephésiens 5:25). Enfin, il est dit que Dieu nous a sauvés "non à cause des oeuvres de justice que nous aurions faites, mais selon sa miséricorde, par le bain de la régénération et du renouvellement du Saint-Esprit, qu'il a répandu sur nous avec abondance par Jésus-Christ notre Sauveur, afin que justifiés par sa grâce, nous devenions en espérance héritiers de la vie éternelle" (Tite 3:4-7). Même chez Jean-Baptiste, le lien entre la repentance, le Baptême et le pardon est évident: "Jean parut, baptisant dans le désert et prêchant le baptême de la repentance pour la rémission des péchés" (Marc 1:4).

L'Ecriture Sainte enseigne aussi que Dieu offre dans le Baptême le salut. Jésus dit aux disciples que "celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé", et que "celui qui ne croira pas sera condamné" (Marc 16:16). Certes, il est question de deux choses dans ce texte, de la foi et du Baptême, et en temps normal le Baptême est administré à ceux qui ont entendu l’Évangile et l'ont accepté par la foi. Mais il est vrai aussi que le salut est promis à ceux qui reçoivent ce sacrement. Il est donc légitime de dire qu'il est un moyen de salut. Saint Paul, nous l'avons vu, dit aussi que Dieu nous a "sauvés... selon sa miséricorde, par le bain de la régénération et du renouvellement du Saint-Esprit" (Tite 3:4.5). Enfin, l'apôtre Pierre déclare que l'eau du déluge fut une "figure du baptême... qui maintenant vous sauve" (1 Pierre 3:21).
La Bible ajoute encore que le Baptême fait entrer en communion avec Dieu: "Faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit" (Matthieu 28:19), et plus particulièrement avec Jésus-Christ: "Vous êtes tous fils de Dieu par la foi en Jésus-Christ. Vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu Christ" (Galates 3:26.27). Revêtir Christ, c'est entrer en communion avec lui et bénéficier ainsi de tout ce qu'il a fait pour le salut du monde. C'est notamment être revêtu de son pardon. Selon l'épître aux Romains, nous avons été "baptisés en Christ", "en sa mort", "afin que comme Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, de même nous aussi nous marchions en nouveauté de vie" (Romains 6:1-4). Le Baptême unit donc le croyant à la mort du Christ par laquelle il est racheté, tout en lui rappelant que le Christ vit d'une vie nouvelle et en l'invitant à faire de même.
Si le Baptême offre le pardon des péchés et le salut à celui qui le reçoit avec foi, c'est qu'il fait naître la foi dans le coeur et la fortifie. Il scelle les promesses qui y sont liées. Nous disons qu'il est moyen de régénération. Voilà pourquoi Jésus parle de "naître d'eau et d'Esprit" (Jean 3:5) et pourquoi saint Paul appelle le Baptême un "bain de la régénération et du renouvellement du Saint-Esprit" (Tite 3:5). Nous croyons que le Baptême régénère aussi bien le nourrisson que l'adulte. Il établit un lien invisible, inexplicable entre le nourrisson et le Christ, le revêt de son Sauveur et lui communique ses grâce. Ce sont des grâces que par la suite, à mesure qu'il grandira, il saisira par une foi consciente, mais elles lui appartiennent dès son Baptême. Quant à l'adulte qui demande à être baptisé en confessant le Christ, le sacrement lui scelle de façon visible ce que lui a déjà offert l’Évangile qu'il a entendu.

Le Baptême des enfants:

Le monde protestant est profondément divisé sur la question du Baptême des enfants. De nombreuses communautés évangéliques rejettent cette pratique, soutenant que le Baptême ne peut être légitimement administré que s'il est demandé par quelqu'un qui a passé par la repentance et la conversion. Dans ces milieux évangéliques, il n'a généralement qu'une valeur symbolique et est conçu comme une profession de foi et un engagement public à suivre le Christ. En d'autres termes, une telle théologie fait du Baptême un acte de l'homme. C'est le croyant qui agit, mais Dieu lui-même n'y fait rien.
Les explications précédentes espèrent avoir montré que ce n'est pas exact, que le Baptême est le lieu où Dieu dans sa miséricorde promet, offre et scelle au croyant le pardon des péchés et la vie éternelle. La Bible enseigne par ailleurs que l'homme est par nature corrompu, pécheur et condamné par la Loi. C'est ce qu'on appelle le péché originel. C'est à partir de ces deux enseignements de l'Ecriture qu'il faut se demander s'il convient ou non de baptiser les enfants. C'est à partir de là aussi que la réponse devient claire et trouve sa légitimité.
L'Eglise luthérienne ne peut pas expliquer ce qui se passe quand un nourrisson reçoit le sacrement, comment Dieu s'y prend pour lui communiquer ses grâces. Elle n'a pas non plus besoin de le faire. Si tout pouvait s'expliquer, il n'y aurait plus de mystères et la foi chrétienne ne serait plus une foi. L'Eglise luthérienne baptise les petits enfants pour les raisons suivantes:

    1) Jésus-Christ a ordonné de baptiser toutes les nations, sans en exclure les nourrissons (Matthieu 28:19).

    2) Des familles entières ont été baptisées par les apôtres (Actes 16:15.33.34; 1 Corinthiens 1:16). Celles-ci étaient composées d'adultes; parfois, quand elles étaient aisées, de serviteurs, et tout naturellement, semble-t-il, d'enfants. Rien ne nous autorise à croire que ces derniers aient été exclus du sacrement. Nous n'avons pas non plus à prouver qu'ils ont été baptisés; il revient plutôt aux adversaires du baptême des enfants de démontrer qu'ils ne l'ont pas été.

    3) Le baptême des enfants découle de la nécessité dans laquelle ils se trouvent, de leur corruption naturelle et de la volonté de Dieu de les faire participer à son salut. Nous n'avons aucune certitude qu'il le fasse, en ce qui le concerne, autrement que par le Baptême, et ce n'est pas la foi des parents qui les préserve du péché originel et les dispense de la régénération.

    4) Nous ne pouvons pas expliquer la foi des enfants. Nous ne pouvons pas non plus expliquer celle des adultes. Il est évident qu'ils ne peuvent pas comprendre l'Evangile ni saisir ses promesses avec leur entendement. Nous ne savons pas non plus comment un homme dans son sommeil ou dans un coma prolongé ou un malade mental peuvent rester unis à leur Sauveur, et nous n'essayons même pas de le faire. La question n'est pas de savoir ce que Dieu peut faire ou non. Il pourrait, bien sûr, s'il le voulait, sauver les petits enfants sans Baptême et donc sans régénération, mais nous n'avons aucune certitude qu'il veuille le faire de cette façon. Nous savons par contre qu'il offre le pardon et la vie éternelle dans le sacrement.

    5) On prétend souvent qu'il faut laisser les enfants grandir pour décider eux-mêmes s'ils veulent appartenir au Christ et à telle ou telle Eglise. Mais le péché est un mal, une maladie dangereuse et mortelle. Or quels sont les parents qui pourraient attendre que leurs enfants soient assez grands pour choisir leur médecin et faire le nécessaire pour guérir? Il est tout à fait évident que l'Eglise n'a pas seulement pour mission de baptiser, mais aussi d'instruire. Elle instruit donc les enfants après les avoir baptisés et leur fait découvrir leur Sauveur, comme elle exhorte aussi les parents à faire leurs devoirs de parents chrétiens. Il est tout à fait clair que le Baptême ne sert à rien si on se détourne du Christ. Ses grâces ne sont reçues que par la foi, et là où il n'y a pas de foi, le sacrement n'a aucune efficacité, même si l'offre de Dieu demeure valide.

    L'enfant qui reste dans l'alliance du Baptême vit continuellement sous la grâce de Dieu. En grandissant, il apprend à réfléchir comme un adulte, entend l'appel de Dieu, découvre le Christ et s'attache à lui par une foi consciente. Ce pas est nécessaire dans la vie du chrétien, mais une telle "conversion" n'empêche pas que cette personne ait vécu avec Dieu et sous sa grâce avant de le faire. Elle n'est au fond qu'une confirmation de son désir de rester sous la grâce de Dieu. Mais il est vrai aussi que beaucoup de baptisés meurent dans l'impénitence et l'incrédulité. La faute n'en incombe certainement pas au Baptême qu'ils ont reçu dans leur petite enfance. Ils ne sont pas pour autant oubliés de Dieu qui, dans sa grâce, les appelle continuellement. Les baptisés déchus de la grâce sont tout aussi perdus que ceux qui n'ont pas été baptisés. L'incrédulité condamne, avec ou sans Baptême. Pourtant, Dieu reste fidèle à son alliance, et lorsqu'un tel homme se repent et revient à lui, il n'a pas besoin d'être rebaptisé. Celui qui se repent retourne à la promesse du Baptême. "La repentance, disait Luther, n'est pas autre chose qu'un retour au Baptême, qu'une reprise de l'oeuvre commencée et abandonnée".

    6) Il existe de nombreux témoignages de l'Eglise ancienne attestant qu'elle baptisait les enfants. Les Pères de l'Eglise qui s'expriment à ce sujet sont unanimes. Il paraît donc évident que le baptême des enfants est une pratique remontant aux origines de l'Eglise.

    7) Nous baptisons les enfants dans l'obéissance à la Parole de Dieu, parce que le Baptême est le moyen choisi par lui pour leur offrir son pardon et la vie éternelle. Qu'en est-il des enfants des parents chrétiens qui meurent avant d'avoir pu recevoir le sacrement? La Bible ne nous oblige pas à affirmer qu'ils sont condamnés. Il n'existe pas non plus de lieu qui leur soit réservé dans l'éternité, comme les soi-disant "limbes des enfants" du dogme catholique. "Ce n'est pas la volonté de votre Père qui est dans les cieux qu'il se perde un seul de ces petits" (Matthieu 18:14). Porter son enfant au Baptême est un acte de confiance en la Parole de Dieu. Inversement, c'est le mépris des sacrements qui est condamnable et non le fait d'en avoir été privé. L'Eglise est appelée à consoler les parents dont les enfants sont morts avant le Baptême, en leur rappelant la miséricorde de Dieu. Mais elle n'est pas pour autant autorisée à différer l'administration du sacrement en encourageant les parents à attendre pour cela que leurs enfants aient atteint l'âge de raison.
La signification du Baptême dans la vie du chrétien:

Nous avons vu ce que Dieu fait dans le Baptême, ce qui se passe quand quelqu'un reçoit ce sacrement. Reste à voir ce qu'il signifie dans la vie quotidienne du croyant. Si la résurrection de Jésus-Christ est le oui de Dieu à l'oeuvre qu'il a accomplie sur la croix, le Baptême est le oui qu'il a prononcé une fois pour toutes sur son enfant. Il est l'acte par lequel il lui dit: "Je suis ton Dieu, je t'ai appelé par ton nom, tu es à moi!" Et tout ce qu'il fait par la suite en faveur de son enfant, il le fait au nom de ce oui, de cet engagement pris à son égard. Il faut donc parler du Baptême à la fois dans le passé et dans le présent. Il est une fontaine dont l'eau vive ne tarit jamais et à laquelle l'enfant de Dieu peut boire chaque jour.
Face à sa corruption naturelle et au péché, le croyant, conscient de ses fautes, peut se consoler de la grâce de Dieu qui lui a été offerte en Jésus-Christ, scellée et garantie dans le sacrement. Il sait que le Seigneur ne le rejette pas s'il vient à lui d'un coeur contrit, et qu'il le recouvre de sa justice (Galates 3:27). Se repentir signifie pour lui revenir d'un coeur humble et croyant à l'offre du pardon faite dans le Baptême et en vivre.
Face aux tentations de la chair, du monde et de Satan, le chrétien se souvient qu'en vertu de son Baptême il est enfant de Dieu et que son Père céleste a conclu avec lui une alliance qu'il ne rompra jamais. Certes, il a des ennemis qui lui veulent du mal, le monde, Satan et sa propre chair. Mais il sait aussi que le Seigneur est fidèle à ses engagements et qu'il ne manquera pas de venir à son secours. Il se souvient notamment de cette admirable promesse qu'il a faite aux siens: "Quand les montagnes s'éloigneraient, quand les collines chancelleraient, mon amour ne s'éloignera point de toi et mon alliance de paix ne chancellera point, dit l’Éternel qui a compassion de toi" (Esaïe 54:10).
Dans toutes les détresses et afflictions matérielles, le croyant baptisé se sait assuré de l'amour paternel et de la fidèle providence de celui qui lui a déclaré dans son Baptême qu'il était son Père et entendait le rester à jamais. Le Baptême l'a placé sur le chemin du ciel sur lequel il sait que toute souffrance et épreuve est un moyen pédagogique dont le Seigneur se sert pour l'inciter à l'humilité et au recours constant à l’Évangile, et ainsi le fortifier dans la foi.
A l'approche de la mort, le chrétien qui fonde sa foi sur Jésus, son Rédempteur, peut avoir la consolante certitude que Dieu lui ouvrira le ciel qu'il lui a offert dans le Baptême. Luther écrit dans le Petit Catéchisme: "Le Baptême opère la rémission des péchés, il délivre de la mort et du diable et il donne le salut éternel à tous ceux qui croient". Mourir, c'est livrer un combat, le dernier combat. La mort est le salaire du péché, mais aussi pour le croyant l'amie qui le conduit auprès de son Rédempteur. Les promesses de l’Évangile ont retenti personnellement pour chaque chrétien dans son Baptême et lui ont été scellées à tout jamais. Le sacrement l'a marqué d'un sceau divin indélébile, que seules l'incrédulité ou l'impiété pourraient effacer. A l'heure de sa mort, l'enfant de Dieu peut, confiant, se fonder sur les promesses de son Baptême: son Sauveur ne l'abandonnera pas, mais l'aidera à franchir le dernier pas.

En attendant ce moment béni, le croyant trouve dans son Baptême la force de servir son Dieu, de marcher dans l'obéissance, de vivre dans la sainteté et la justice. Il est un bain de la régénération (Tite 3:5) par lequel le Saint-Esprit opère une vie nouvelle. La Bible enseigne que le chrétien est baptisé dans la mort du Christ et enseveli avec lui, pour ressusciter avec lui pour une vie nouvelle. Le Baptême est ainsi source de sanctification. Se souvenant des grâces reçues, le chrétien se doit de servir son Dieu et de le glorifier par une vie sainte. Dans les promesses faites et scellées par l'eau du Baptême, il trouve la force de faire ce que son Dieu lui demande de faire. Le sacrement est ainsi moyen de sanctification au même titre que la prédication de la Parole de Dieu.


(Wilbert Kreiss, Docteur en Théologie luthérienne, La Petite Dogmatique, édition collection Kreiss. 2013).